Je ne peins pas des paysages, mais des états d'être et des états de conscience.
Ce que l'on croit reconnaître – une montagne, un nuage, une roche, une lumière – n'est jamais un sujet. Ce sont des formes-seuils, des présences transitoires, des incarnations d'états intérieurs. Le fond de la toile n'est pas un arrière plan. Il est l'état intérieur de l’œuvre. Un espace mental, émotionnel, sensible, dans lequel le spectateur est déjà plongé au moment où il regarde.
Je peins des moments de bascule. Des instants où quelque chose existe encore, mais vacille. Des fragments de perception avant la pensée, avant le langage, avant l'action.
Pénombre - Alla prima - Processus
Mon travail est profondément lié à la pénombre. Je peins souvent la nuit, dans une lumière minimale, afin de ne pas voir trop vite. La pénombre ralentit le regard, aiguise la perception périphérique et empêche l'analyse immédiate. Elle me permet de peindre dans un état de déconnexion, proche de l'instinct. Je travaille en alla prima, sans dessin préparatoire ni repentir. Le geste précède l'intention. Je ne cherche pas à construire une image, mais à laisser apparaître une présence. La matière est essentielle. Elle garde la mémoire du geste, des hésitations, des tensions. Elle n'illustre pas : elle résiste, elle retient, elle oppose parfois un silence.
“Le geste précède l’intention”
La peinture est réalisée d’un seul élan, sans reprise ni correction. L’intervention s’interrompt lorsque la présence de l’œuvre est atteinte. Aucune finition n’est ajoutée après cet instant, y compris sur le tranches. Elles peuvent rester brutes, partiellement peintes ou entièrement couvertes selon le déroulement du geste.
Je ne vernis pas mes toiles et ne les encadre pas.. Je préfère laisser la matière vivre, respirer, se modifier avec le temps. Le vernis fige. L’encadrement clôt. Or ces œuvres ne sont pas des objets décoratifs mais des présences ouvertes.
Celui qui les accueille choisit aussi la manière dont elles continueront d’exister : les laisser brutes, les encadrer, les transformer par leur environnement. L’œuvre n’est pas achevée par moi - elle se prolonge dans le regard et dans le lieu qui l’accueille.
La lumière, dans mes toiles, n'est jamais décorative. Elle lutte pour exister. Elle surgit, se contraint, se fissure, persiste, parfois à peine. Elle est souvent le dernier signe de vie avant l'effacement.
Le regard
Regarder ces œuvres demande un effort volontaire. Il faut accepter de ralentir. D'avancer, de reculer, de changer de point de vue, de laisser le regard s'adapter comme dans l'obscurité. Certaines formes ne se révèlent qu'en vision périphérique. D'autres disparaissent dès qu'on les fixe trop longtemps. Le spectateur devient alors acteur de sa propre perception.
Je peins avec un regard d'enfant et une conscience d'adulte. Regarder comme un enfant – sans codes, sans attentes, sans savoir préalable. Ressentir comme un adulte – avec ses cicatrices, sa mémoire, son vécu. Je me peins moi-même à travers mes états intérieurs. Mes tensions, mes silences, mes élans, mes fatigues. Je me peins avec mon temps à moi.